Sauvetage en rivière : deux approches, deux réalités
- Alex Dubreuil

- 10 févr.
- 8 min de lecture
Swiftwater rescue ≠ whitewater rescue
Ce billet s'inscrit dans la tendance actuelle sur la question qui se traduit très mal : « swiftwater rescue » vs « whitewater rescue » et j'y ajoute mon grain de sel avec la forme de communication que je préfère - écrire un billet sur le blogue Rivière Concept - pour l'audience francophone du Québec.
Note que ce billet ne représente pas les idées d'aucune entité de formation, c'est un billet écrit à titre personnel.
J'ai essayé différentes traductions françaises sans trouver la meilleure ... je vous laisse choisir.
Whitewater rescue |
|
Swiftwater rescue |
|
Swiftwater rescue vs whitewater rescue : deux mondes différents
Whitewater rescue | Swiftwater rescue | |
Qui |
|
|
Quand |
|
|
Victime |
Ça amène naturellement à accepter plus de risque que des intervenants externes...Mais seulement si c'est réfléchi. |
|
Équipement |
|
|
Protocole Logique Procédure |
|
|
Autres |
|
|
Choses qui devraient être priorisées |
|
Bref, des techniques peu réalistes pour les pagayeurs qui ont souvent peu d'équipement, qui ne pratiquent pas ces techniques régulièrement et qui doivent agir vite avec ce qu'ils ont sous la main. |
Principes universels |
| |
Ce que ce tableau nous aide à comprendre : avoir le même cours pour les pompiers que pour les pagayeurs récréatifs = confusion, contenu dilué et mal compris, des choses incorrectes sont enseignées.
Les formations devraient donc être spécialisées par type de pratiquant, par contexte réel d'intervention et par fréquence d'utilisation des compétences.
La grosse différence : la logique derrière la prise de décision.
Les techniques, ce sont les techniques...on ne peut pas réinventer la roue (bien que les techniques évoluent, changent, etc,). Certaines techniques vont être plus ou moins utiles selon le type de pratiquant. Les 2 disciplines ont leurs '' boites à outils'' assez similaires. La différence vient surtout dans l'ordre que ces outils vont être utilisés.
Approche échelonnée vs modèle Jim Coffey
Deux modèles = deux approches.
Approche échelonnée (parler-tendre-lancer-aller) = plus utile pour les services d'urgences
Modèle Jim Coffey (compétence + niveau acceptable de risque) = plus utile pour les pagayeurs
Modèle Jim Coffey
YouTube, « Whitewater rescue priorities and risk-based decision making », Chaîne Zwolfkayak, 2024, https://youtu.be/Qvdb7hdpzN8
«Traditionnellement, on a toujours enseigné que les sauvetages devaient être effectués en utilisant d’abord des techniques à faible risque, puis en progressant vers des techniques plus risquées. Cette philosophie a toutefois évolué au fil des années, et l’on considère maintenant qu’il faut utiliser la technique de sauvetage la plus efficace afin d’intervenir rapidement et de régler la situation.
Avant de le faire, nous devons effectuer deux évaluations distinctes. La première consiste à évaluer notre propre niveau de compétence : sommes-nous capables d’exécuter cette technique ? La seconde concerne le niveau de risque acceptable : devrions-nous exécuter cette technique ?
Si nous pouvons répondre oui à la question « pouvons-nous ? » et à la question « devrions-nous ? » pour une technique donnée, alors nous voulons utiliser la méthode la plus efficace, la plus performante et la plus rapide possible afin de compléter le sauvetage et passer à la suite de la descente.»
Ce que dit la littérature
👇Orienté Whitewater rescue👇
Mehl, Luc.The Packraft Handbook. Things to Luc at LLC, 2021.ISBN : 978-1-5783-3854-2.
Principes du sauvetage
Concentrez-vous sur les principes de sauvetage plutôt que sur des étapes spécifiques, car il existe de nombreuses façons différentes de réussir un sauvetage. L’eau est un milieu dynamique et les règles rigides ne s’appliquent généralement pas. Gardez les choses simples et flexibles.
Le système de sauvetage et la hiérarchie des risques
Tous les efforts de sauvetage exposent les sauveteurs à des risques. Le niveau de risque dépend de la stratégie de sauvetage. Bien que chaque situation varie et qu’il n’existe pas de règles absolues, les systèmes de sauvetage peuvent être classés de façon générale selon le niveau de danger qu’ils représentent pour le sauveteur.
Hiérarchie des risques pour les sauveteurs
(J'adore ce visuel!!)

Ostis, Nate.NOLS River Rescue Guide. Stackpole Books, 2015.ISBN : 978-0-8117-1373-3.
Restez simple : utilisez des solutions à forte probabilité de succès
Déterminez votre niveau de risque acceptable
Plus vous passez de temps à vous entraîner et à jouer en eau vive, plus il devient facile de déterminer la meilleure ligne de conduite pour des solutions de sauvetage. En fin de compte, vous devez peser le pour et le contre d’une idée, et plus vous le faites rapidement, plus vite le patient peut être stabilisé. Une analyse risque/bénéfice doit être effectuée, en se basant sur les capacités démontrées de votre équipe. Ces estimations éclairées doivent être des décisions appuyées par des preuves issues de tentatives précédentes sur un terrain similaire.Vous devez décider si le risque pour vous-même et votre groupe vaut la peine d’être pris, en fonction de la probabilité d’un sauvetage réussi. Passez en revue vos options de sauvetage et déterminez celles qui offrent le plus de promesses pour un résultat efficace. Classez ces options selon le niveau de risque qu’elles imposent à toutes les personnes sur place, puis déterminez votre niveau de risque acceptable et commencez votre sauvetage.
N’OPÉREZ PAS AU-DELÀ DE VOTRE NIVEAU DE RISQUE ACCEPTABLE
Décider quoi faire dans une situation de sauvetage requiert une intuition fondée sur une expérience réelle dans des situations similaires. Des heures d’entraînement et de pratique sont nécessaires pour déterminer votre niveau de risque acceptable. Cela devrait être l’objectif ultime de toute séance de formation, et il faut comprendre que chaque individu aura sa propre détermination unique de ce qui est acceptable. Décider s’il faut entrer à gué, lancer, pagayer ou nager vers un patient ne peut être fait de manière raisonnable et rationnelle que si cette compétence a été pratiquée plusieurs fois auparavant.
Déterminez ce dont vous êtes capable et quel niveau de risque vous êtes prêts à assumer. Tenez compte de cela avec une pratique récente abondante. Votre niveau de risque acceptable pour nager un rapide n’est pas basé sur la façon dont vous nagiez en eau vive il y a deux ans ; il est basé sur la façon dont vous pouvez le faire aujourd’hui.
Peled, Danny.Guide de poche de sauvetage en eau vive. 2ᵉ édition. Boreal River Rescue, 2014.ISBN : 978-0-9936418-1-7.
Choisir la bonne technique
À différentes étapes d’un sauvetage, vous devrez choisir la technique à utiliser.Optez pour la plus efficace, à condition que les risques qu’elle comporte soient acceptables aux yeux de votre équipe.En général, en plus d’être efficace, un sauvetage réussi est aussi simple et rapide.
Risques vs avantages
Comparez les avantages d’une technique ou d’une décision aux risques, aux coûts et aux conséquences sur les autres et sur l’environnement.
Absolon, M. The Ultimate Guide to Whitewater Rafting and River Camping. Falcon Guides, 2018.
Rester simple
Vous êtes moins susceptible de faire des erreurs et plus susceptible de réussir si vous gardez votre opération de sauvetage aussi simple que possible.
En général, lorsqu’on porte secours à un nageur, pensez : Reach, Row, Throw, or Go.
👇Orienté Swiftwater rescue👇
Ray, Slim.Swiftwater Rescue Field Guide. CFS Press, édition révisée.ISBN-13 : 978-0-964958-53-1.
N’ENTREZ PAS dans de l’eau en mouvement sauf en dernier recours.
Le sauvetage en eau vive est extrêmement dangereux — restez sur la rive si possible.Les méthodes de sauvetage, du risque le plus faible au plus élevé, sont : (...)
Souvenez-vous du moyen mnémotechnique RETHROG :
REach : tendre un bâton, une perche ou une échelle vers la victime
THrow : lui lancer une corde ou une ligne de jet
ROw : ramer jusqu’à la victime en embarcation
G o : entrer directement dans l’eau pour un sauvetage à la nage
Bechdel, Les & Ray, Slim.River Rescue: A Manual for Whitewater Safety. 4ᵉ édition.CFS Press, 2009.ISBN : 978-0-964958-56-2.
Déterminer la meilleure méthode de sauvetage
Considérez le moyen mnémotechnique RETHROG. D’abord, pouvez-vous Atteindre (REach) la victime pour un sauvetage par contact ? Sinon, pouvez-vous Lancer (THRow) une corde vers elle ? Pouvez-vous Ramer (ROw) ou pagayer jusqu’à elle pour un sauvetage en embarcation ?Pouvez-vous Aller (Go) vers elle avec un sauvetage à la nage ?
Priorités de sauvetage
L’un des facteurs les plus importants sur la rivière est toujours le temps — le temps nécessaire pour mettre en place et utiliser un système de sauvetage et le temps qu’il reste à la victime. Presque inévitablement, le temps doit être mis en balance avec le danger auquel le sauveteur doit être exposé. Si le temps restant de la victime se mesure en minutes, voire en secondes, un sauveteur peut être prêt à accepter un danger accru pour lui-même afin de sauver une vie. Mais ce compromis doit être soigneusement réfléchi et la tentative réalisée avec toutes les précautions de sécurité possibles pour le sauveteur, sinon il risque de devenir une autre victime.
Ferrero, Franco.Whitewater Rescue. 2ᵉ édition. Pesda Press, 2006 (réimpressions 2008, 2012).ISBN-13 : 978-0-9547061-5-9.
Parler, Atteindre, Lancer, Remorquer, Aller – privilégiez d’abord les options à faible risque.
American Whitewater Safety Code (American Whitewater, révision 2024).
Notions essentielles du sauvetage
Élaborez un plan de sauvetage qui minimise le risque pour l’équipe de secours. N’aggravez pas le problème en créant une autre situation de sauvetage. Il est important d’équilibrer le risque pour les sauveteurs avec une action rapide. Une bonne référence pour les options de sauvetage de plus en plus risquées à partir de la sécurité de la rive est « atteindre – lancer – ramer – aller », mais votre équipe peut avoir d’autres considérations selon la position des sauveteurs, leurs compétences et les ressources disponibles.Souvent, les solutions simples et rapides sont les plus efficaces.
Conclusion
J'observe un désir de standardisation dans le domaine du sauvetage, mais je ne crois pas que ce soit pour le mieux.
La réalité des différents intervenants est trop différente pour pouvoir proposer une seule formule et les instructeurs doivent s'adapter et adapter le contenu de leur formation selon le type de pratiquant.
Je crois aussi que très peu d'instructeurs ont l'expérience pour être excellents dans les deux branches du sauvetage, chacune ayant ses codes et manières de penser propre et unique.
Il serait interéssant pour un prochain billet de dresser une liste de techniques selon leur pertinence et selon le type de pratiquant.
Dans tous les cas, rien ne vaut de se pratiquer régulièrement et d'aller chercher des formations pour ajouter des outils\manière de penser dans son coffre!
Alex




Commentaires